Commentaires & Critiques de livres :
Roger Caillois : Bellone ou la pente de la guerre
(La Renaissance du livre, Bruxelles 1963)Un ouvrage non polémique, mais pourtant censuré.
Voici un ouvrage passionnant sur l'histoire de l'idée de la guerre : de la chine antique à la bombe atomique : 6000 ans d'histoire. Bellone ou la pente de la guerre montre les différentes transformations des désirs de guerre de ses belligérants : de la « guerre-sport » des aristocrates jusqu'aux guerres massacre d'anéantissement du XXe siècle. Roger Caillois à travers une documentation claire et fournie, expose les intérêts de la guerre dans les contextes des différentes époques politiques : et par là, démonte les à priori que nous gardons dans notre imaginaire collectif (sans doute à cause du cinéma) sur les conflits armés. Exemple révélateur entre beaucoup d'autres, celui concernant le souhait de Jean Jaures de créer un soldat-citoyen formé au massacre de la guerre à combattre pour la défense de la patrie : la France. Pour cela il imagine 10 ans d'instruction obligatoire : l'école publique (qui apprend la soumission et l'obéissance) et 2 ans d'instruction militaire : l'armée (qui apprend le maniement des armes dans la discipline). Personne aujourd'hui ne mentionne ce fait historique important qui a transformé la guerre en industrie. La société française (de honte ?) préfère aduler Jean Jaures comme le créateur de l'école publique (pour la connaissance et non l'obéissance : mais quand est-il aujourd'hui ?). Notons que cet ouvrage fut publié par les Belges en 1963, jamais publié en France depuis, alors que Roger Caillois était membre de l'Académie française : un parfait exemple de censure dissimulée d'un ouvrage qui dérange.Stanley Milgram : Soumission à l'autorité
(Calman-Lévy, 1974)Une expérience encore trop méconnue.
Stanley Milgram est une personne pratique : il s'est posé la question très simple après la seconde Guerre mondiale en lisant entre autres les ouvrages d'Hannah Arendt : « comment est-ce possible de massacrer un nombre si gigantesque d'individus ? et comment fonctionne le système de ce massacre ? » Il y répond en imaginant en 1960, une expérience simple : il montre que la « soumission à l'autorité » déresponsabilise l'individu à qui l'on ordonne de tuer : l'individu commandé lâche volontairement sa conscience et sa morale (ne pas voir s'en rendre compte). Stanley Milgram a étudié ce point de rupture : la désobéissance à un ordre absurde (contraire à la morale de l'individu) de l'individu obéissant. La conclusion est sans appel : plus de 62% des individus de nos sociétés toutes classes sociales confondues sont prêts à assassiner sous l'autorité. Aujourd'hui ce chiffre est passé à plus de 70%, selon une récente émission de télévision (2010) : où l'expérience de Milgram a été transposée dans un jeu télévisé. Si seulement 30% de la population mondiale possède une morale, cela nous permet de comprendre pourquoi les régimes totalitaires prennent le pas sur des régimes politiques qui responsabilisent les individus. Notons qu'Henri Verneuil dans son film "I comme Icare" (1979) reproduit l'expérience abrégée de Milgram.
Guillaume Carnino : Pour en finir avec le sexisme
(l'Echappée, Montreuil 2005)Les hommes contre le sexisme.
Un petit ouvrage (écrit par un homme) qui nous éclaire sur l'absurdité (le non-naturel) de la division binaire en homme et en femme de nos sociétés qui nous pré-destinent (avant nos naissances) à des attitudes imposées (attribuées en fonction du sexe mâle ou femelle relevé) [1] : c'est le procédé de « la construction sociale du genre ». Tout comme avec le langage, nos attitudes éduquées nous agissent, « conditionne notre manière de percevoir le monde » [2] si on ne les contrôle pas volontairement. Dans le sexisme, tout destine l'enfant puis l'adulte à remplir le rôle du genre qui a été choisi pour lui ou elle [3]. La hiérarchisation de nos sociétés à domination masculine (tout comme féminine) oblige à certaines occupations autorisées et pas à d'autres : c'est le principe de « la hiérarchie des sexes » dont l'éducation permanente détermine et justifie le faux fondement du « naturel » et du « biologique » jusque dans le comportement : c'est-à-dire la norme à respecter pour servir les dominants (peu importe lesquels). Le sexisme n'est que le résultat d'une volonté de domination dont les hommes et les femmes jouent le jeu dans une « hiérarchie bien classée » ; celle donnée d'avance qui apparaît « naturelle ». Les catégories ne se prédestinent que pour le règne de la domination et représentent « l'ordre social ». Instauré par ceux, motivés par la peur de perdre le contrôle de la population contre un « chaos terrifiant » fabulé et redouté grâce à l'ignorance. Il est temps de dépasser cet état simpliste de terreur dans la hiérarchie arbitraire. Pour en finir avec le sexisme est un petit ouvrage bien utile qui nous éclaire sur cette catégorisation sociale absurde du classement binaire des sexes en homme et femme pour maintenir une domination par la hiérarchisation de nos sociétés, et dont nous sommes tous les esclaves. Si les hommes s'intéressent au sexisme ou deviennent féministes et les femmes s'intéressent aux hommes pas pour leur porte-monnaie, il y a sans doute un espoir de voir ces dominations s'abolir d'elles-mêmes.Notes
[1] Parfois cette procédure administrative se trompe et crée des drames dont Michel Foucault cite le cas rapporté le plus spectaculaire, celui d'Herculine Barbin dites Alexina B.
[2] Notre langage n'a pas dans sa grammaire de neutre, et une sociologue reconnue comme Nathalie Heinich affirme « que le neutre est dans le masculin » (sic).
[3] L'exemple à travers les jouets est flagrant : les filles sont « des princesses ménagères au foyer dans l'attente » et les garçons « des aventuriers en conquête et à la guerre » : le garçon est libre et la fille est prisonnière. Ou : le rose « niais » est la couleur obligée des lèvres (vagin) des filles et le bleu « viril » la couleur obligée du vaste ciel des garçons, dont la moquerie des enfants sexistés maintient cette frontière artificielle, etc.
Simone de Beauvoir : Le deuxième sexe
(Gallimard, Paris 1949)Le premier livre pour comprendre la domination masculine et ses ravages.
Le deuxième sexe est une étude remarquable sur la sexualité humaine dont tout adolescent et adolescente devrait lire pour se libérer des préjugés dans lesquels il et elle a été éduqué. C'est le premier ouvrage aussi complet que possible qui montre les ravages du sexisme dans nos sociétés. Décrié et critiqué à sa sortie par les dominants bousculés dans leurs idées préconçues, il a permis le retrait de la loi hypocrite (votée par des mâles dominants) contre l'avortement, et bataillé par Simone Weil. D'une écriture fluide et sans animosité, Simone de Beauvoir décrit les contradictions dans lesquelles les « femmes » se sont fait piéger et perpétuent leur calvaire. Nous apprenons entre autres que l'établissement de la psychiatrie est liée à la privation de liberté des femmes (et des artistes) qui se réfugiaient dans « l'hystérie ». Simone de Beauvoir fait souvent un parallèle avec l'esclavage (des noirs américains) qui est la même forme de domination de privation de liberté. Ce qui renforce l'actualité de son ouvrage est que nos sociétés contemporaines produisent toujours de l'esclavage qu'il soit racial, sexiste, générationnel ou social, etc. Nous savons aujourd'hui que le racisme (la haine de la différence) produit la hiérarchie (dont les plus haïs sont au plus bas de l'échelle sociale) et la hiérarchie « l'ordre social » produit l'obéissance. Simone de Beauvoir montre magistralement l'imposition du genre sexuel et l'acquisition de nos attitudes qui s'y attache dans le processus de son éducation permanente. Le masque de la domination est tenace et ce livre nous permet de constater qu'en 2500 ans de civilisation occidentale, il n'y a eu aucune évolution du bon sens : 2500 années après, le sexisme et l'esclavage dominent encore l'organisation de nos sociétés.
Jacques Rancière : Le partage du sensible, esthétique et politique
(La fabrique, 2000)L'insignifiance derrière la philosophie.
Nous sommes étonnés de constater que le philosophe Jacques Rancière s'attarde à des thèmes pas vraiment utiles pour la communauté concernée ou qui n'alimentent pas la situation actuelle de crise, de médiocratie, ou de politique culturelle autoritaire. « Le partage du sensible, esthétique et politique » est un exemple de sujet dont les personnes concernées ne le sont pas : surtout ceux agissants dans le domaine de l'art et de la politique. Soit c'est un texte hypocrite : chacun sait que la politique ne partage jamais et surtout pas avec l'art : les politiciens veulent le pouvoir sur les autres et les artistes le pouvoir sur leurs oeuvres : le contraire de la même chose où chacun est positionné en ennemie de l'autre : l'artiste redoute autant le politicien qui redoute l'artiste. Soit c'est un texte condescendant qui écrit pour ne rien dire (abusant de sa notoriété pour un parterre d'admirateurs /trices) et qui caresse l'approbation et la présence du philosophe dans la politique culturelle médiocratique. Recevoir sa subvention et son temps de présence « d'antenne » qui entretient sa gloriole intellectuelle. Mais dans les deux cas, le philosophe soutient la déchéance des arts provoqués par une politique autoritaire de l'Etat financier. Et nous en sommes profondément désolés, surtout après avoir lu son ouvrage « le Maître ignorant » (1987) où il développe que le savoir ne réside pas dans l'accumulation de celui-ci. Le partage du sensible ne peut se faire que de concert, sans marque de clan : sans ennemi. Où le politique et l'artiste deviennent des humains débarrassés de leurs personnages à fonction sociale : ce qui demeure impossible puisque leurs rôles sociaux disparaitraient et dans ce cas ne pourraient pas produire du sensible identifié même identifiable. Politique et arts restent incompatibles dans un système social de domination. Jacques Rancière serait-il devenu le philosophe contemporain de l'insignifiance ? Avec l'inconscience en plus de vouloir l'expliquer : expliquer la justification de la perte du sens par des textes illisibles dont se détache toute curiosité et l'intérêt du lecteur concerné. « La métamorphose des Muses » (sonic process 2002) va dans le même sens : une commande que personne ne lira jusqu'au bout et qui n'alimente rien, juste « le monopole de l'apparence » que dénonçait Guy Debord sur le spectacle social de la consommation. Constatons que les textes de et sur l'art sont infectés par l'insignifiance, sans doute pour une nouvelle expression : « l'art de l'insignifiance » qui envahit les marchés. Et dont le philosophe Jacques Rancière se fait malgré lui l'un des chefs de file ?Eric Dufour : Qu'est-ce que la musique ?
(collection : Chemins Philosophiques aux éditions Vrin, 2005)Les incompétants et les tricheurs du savoir.
La lecture de ce petit ouvrage nous a étonné comparée à la renommée de la maison Vrin. En effet, le titre même est en porte à faux avec son contenu et aurait pu être « qu'est-ce que la musique occidentale savante » qui bien même ne répond pas à la question dans le livre. L'auteur ne parle qu'avec des lieux communs qu'il s'approprie et les maquille en concept. Un exemple à la page 10 qui serait la thèse du livre où il dit : « le divers qui apparaît à la sensibilité, c'est-à-dire le donné sensible, ne peut être identifié, déterminé, qu'à travers les concepts dont nous disposons c'est-à-dire notre connaissance. » Du beau mot pour exprimer le lieu commun que : nous ne pouvons percevoir ce que nous ne connaissons pas (ce qui est faux avec l'exemple des enfants), sont des restes risibles qui proviennent d'une intelligence conditionnée. Bref, un livre qui ne sert en rien la connaissance de la musique, mais plutôt la misère de son auteur et une maison d'édition (nous l'espérons) qui s’est faite trompée. La musique n'est pas la partition qui n'est que le projet pour la réalisation d'une musique et, la question de savoir qu'est-ce qui identifie l’œuvre musicale reste d'un intérêt secondaire en regard de la question posée : « Qu'est-ce que la musique ? ». Question qui appelle à une recompréhension d'une pratique reléguée aujourd'hui à une diversion. Dans son second chapitre sur la musique et le langage, l’auteur aurait dû prendre connaissance des recherches en linguistique à partir de Ferdinand de Saussure. La question de la musique en tant que langage a été résolue : la musique n'a pas de signifié ou un signifié très pauvre et uniquement dans un contexte fonctionnel. La musique ne propose pas du sens, mais du sensible à la reconnaissance de variables qui nous font impression(s) ou pas. À l'heure où la musique côtoie les sciences cognitives, le livre d'Eric Dufour est une accumulation d'insignifiances et n'explique rien. Nous imaginons qu'il ne doit pas y avoir beaucoup de musicien-philosophe à qui cet ouvrage aurait pu être confié aujourd'hui pour que cet auteur s'en empare ? Nous constatons en effet que nous nous sommes engouffrés dans une ère de médiocratie, où le bon sens et l'intelligence ont été abandonnés au profit d'un contentement limité à l'insignifiance. Nous ne pouvions rester muet quant à la pauvreté de cette publication (qui représente une situation globale préoccupante). Toute la collection « Chemins Philosophiques » semble être une escroquerie commerciale : comment faire comprendre des concepts si fondamentaux dans si peu de page et par des incompétants ?
Nicolas Darbon : Les musiques du chaos
(l'Harmattan, 2006)
Sujet prometteur et travail bâclé.
Il ne suffit pas Nicolas Darbon de taper sur Internet dans un moteur de recherche dominant « Musique & chaos », de copier les textes résultants et les coller ensemble pour faire un livre. Les Musiques du Chaos est un ouvrage insuffisamment documenté et dont les informations pêchées n'ont aucune liaison ce qui ne révèle pas grand-chose du concept même de chaos, mais le survole d'anecdotes, colle même des compositeurs qui ne s'attachent pas au concept comme Iannis Xenakis (musique stochastique) ou György Ligeti qui n'a pioché que quelques figures pour l'expérience. Pourtant, le mot chaos renferme en chacun de nous tout le fantasme de ce que pourrait être capable la liberté, une fois relâchée au-delà d'une complexité de bon goût. Beaucoup de musiciens en dehors du réseau institutionnel, se sont attachés à créer des musiques incontrôlables issues de l'idée du chaos et qui revêtent des formes très variées : rien, aucune mention de leurs travaux : il fallait trouver le courant avec tous les noms concernés et reliés par leur pratique du chaos. Il n'est en aucun cas question, non plus dans ce livre du vide ou de la confusion chaotique existant dans la création musicale : du processus même de création de la musique (qui apprivoise le chaos) et dont personne ne parle jamais. Pourquoi les éditions l'Harmattan publient ce type d'ouvrage inachevé ? Cela n'alimente en rien la connaissance de la musique. N'y a-t-il aujourd'hui que la médiocrité qui se publie ? Nous attendions une véritable recherche approfondie sur le sujet et non un survol bâclé, détourné et peu documenté.
Nathalie Heinich : L'élite artiste
(Gallimard, 2005)Le cas Heinich.
Le statut de l'artiste est un sujet ambitieux et pratiquement incernable même par l'artiste [1]. l'artiste a une tendance fâcheuse à se dérober aux définitions. Il faut être armé d'une grande conviction de ses propres capacités d'analyse pour comprendre l'impalpable. L'artiste fuit le signifié et les notions. Les livres sur le statut des artistes sont rares, voire inexistants. J'ai acheté ce livre en tant qu'artiste pour savoir ce qu'une sociologue raconte sur les artistes. Et je ne suis pas au bout de mes surprises. La première chose qui m'a frappé est que Nathalie Heinich se fie à des romans pour décrire le statut de l'artiste romantique au XIXe siècle. Elle tire des informations d'un contexte imaginaire (le roman) pour affirmer des faits : c'est un procédé assez curieux pour une analyse historique et sociologique des faits réels. Nous présupposons tous que le romancier qui va prendre un artiste pour personnage de son roman, va lui appliquer une histoire haute en couleur pour intéresser son lecteur. L'intérêt du romancier c'est qu'il soit lu. Donc, déplacer des informations d'un contexte pour les introduire dans un autre contexte, ne peut qu'induire en erreur. Cela parait tomber sous le sens, mais pas pour Nathalie Heinich qui utilise les romans (comme documents) pour décrire la « réalité » d'un mouvement artistique. Ce type de procédé ne peut qu'entretenir l'image romanesque de l'artiste dans l'inconscient collectif, dont l'artiste veut se défaire, mais qui lui colle à la peau, à cause de personne comme Nathalie Heinich qui entretient le mythe de l'artiste incompris et fou. Des stéréotypes faciles pour éviter les questions qui dérangent (comme l'organisation de nos sociétés).Dans une autre dimension Nathalie Heinich, semble vouloir construire une modélisation systémique afin de « reconnaître » automatiquement le statut de l'artiste. Elle utilise des « régimes » qu'elle pose en catégories de « compétences profondes » (sic). Ainsi que des « ambivalences » (pour ne marquer que des choix et des contradictions binaires). Cela, dans une catégorisation systématique, mais qu'elle rejette en fin de première partie de son ouvrage : son souhait n'est pas accompli : typer les compétences pour les percevoir imbriquées dans un individu ou à l'opposé. Au contraire, Nathalie Heinich classe hiérarchiquement ses « régimes » afin de bien les distinguer : Du régime artisanal, du régime professionnel, du régime vocationnel, et du régime de singularité, opposée à celui de communauté. Elle pose souvent des « ambivalences » où l'un se retourne dans l'autre et annule la logique de son système comme -1+1=0. Un système ne fonctionne qu'en logique opératoire, sinon il ne fonctionne pas. Le trop peu d'éléments de son système montre une simplification qui ne peut que donner une identification grossière du statut social de l'artiste. Mais elle s'en dérobe, affirmant qu'il s'agit d'un système de valeur « d'un pôle à un autre » et de combinatoire. Argument facile qui frise la mauvaise foi. Mais en quoi est-ce nécessaire : l'identification statuaire de l'artiste ? sinon pour un contrôle. L'artiste a toujours refusé les étiquettes qu'on a voulu lui apposer et ce n'est pas aujourd'hui que nous allons abdiquer. Le maniement de l'ambivalence ne peut pas expliquer les paradoxes de l'art Nathalie Heinich, ce n'est pas aussi simpliste que ça.
Apparait un autre régime difficilement compréhensible : le « régime axiologique général » (axiologique signifie relatif à la science et la théorie des valeurs morales, opposé à ontologique qui est relatif à une partie de la métaphysique qui s'applique à l'être en tant qu'être, indépendamment de ses déterminations particulières) ce serait donc un régime (une « compétence profonde ») général de valeurs morales ? Ou est-ce simplement un système de valeurs, mais lequel ? Nathalie Heinich nous le dit pas.
Ce qui est gênant dans le style de Nathalie Heinich, c'est qu'elle semble convaincue de sa démonstration avant de nous l'avoir démontrée. Elle est convaincue sans vouloir savoir que le lecteur ne l'est pas. Cette manière d'écrire invalide tout argument qui se décroche au fur et mesure de la lecture, car aucun ne soutien l'autre et ne consolide aucune cohérence.
Nous nous sommes posé la question. A qui s'adresse ce livre ? A une démonstration universitaire ? Pour impressionner des étudiants ignorants ? Nous avons même soupçonné une éventuel intention cachée de cet ouvrage. Celui de se donner une utilité politique pour statuer définitivement des artistes, en les plaçant dans les cases correspondantes pour une imposition efficace de l'Administration ? Pour une promotion ? S'il s'adresse vraiment aux artistes, est-ce pour que votre livre reçoive la critique de votre incompétence ? Difficile à croire. Le dessein de ce livre, demeure obscur.
Je n'ai jamais lu un essai aussi subjectif qui cherche à prouver sans arguments solides, voire incohérents, un fait inutile. Le statut social de l'artiste. Dans le cadre d'une Maîtrise, ce travail serait à revoir dans sa totalité. Dans la reprécision de la motivation des arguments, dans la méthode d'investigation, dans la méthode de développement des arguments, aussi acquérir un savoir solide sur la théorie des systèmes et de la modélisation, et enfin peser l'intérêt réel d'un tel sujet. Il y a quelques raisonnements incohérents comme à la page 104, qui donne l'avantage à l'incompétence, pour authentifier l'authenticité artistique. Nous avons relevé aussi des absurdités sur le célibat « nécessaire » de l'artiste, ainsi que la critique d'un « trop » grand nombre d'oeuvres médiocres ; Ce à quoi nous répondons : le problème ce n'est pas le nombre d'oeuvres médiocres produites, le problème est que ces oeuvres médiocres sont rendues accessibles au public et considérées comme des oeuvres de qualité dignes d'être montrées, au détriment des autres. Nous avons relevé une autre absurdité sur l'inspiration artistique, qui serait selon Nathalie Heinich, en opposition au travail. Dans ce cas, toute création serait impossible. Aussi, Nathalie Heinich, mentionne le jugement irréfléchi que la paupérisation des artistes est dû à leur surnombre. Mais cela ressemble plus à une incompétence politique à gérer un groupe d'individus, qui refusent de l'être. Mais les incohérences de Nathalie Heinic, tombent toutes sous le sens, si elle se base sur des romans et des contes, pour cerner le statut de l'artiste réel, c'est-à-dire, réglementer sont fonctionnement.
Nous nous sommes arrêtés à la première partie sans aller plus loin. Car nous avons des choses plus importantes à faire, que de lire des âneries. C'est peut-être le moment maintenant de questionner les éditeurs. Pourquoi Editeurs, vous éditez des ouvrages inutiles et médiocres ?
Michèle Reverdy : Composer de la musique aujourd'hui
(Klincksieck, 2007)Quel plaisir pour un compositeur de lire les idées, les déboires, le vécu, les opinions, les expériences, etc., d'un autre compositeur son contemporain (ici une compositrice née en 1944) et écrits de sa main. Depuis le début de ma carrière, je n'ai jamais eu l'occasion d'échanger des points de vue avec une ou un confrère de façon approfondie. Ces ouvrages sont tellement rares. Le plus souvent, les ouvrages de compositeurs se réduisent à une interview ou à des théories impersonnelles, plus qu'à écrire soi-même la révélation intime de sa pratique créatrice dans le contexte dans lequel nous vivons. Enseigner, n'est-ce pas transmettre ses expériences plus que ses convictions ? Le livre de Michèle Reverdy, malgré que je ne partage pas sa méthode compositionnelle (principalement avec des instruments de musique du XIXe siècle et sur la base d'accords) est très touchant, car il révèle le métier : comment aujourd'hui il est méprisé et dominé par des incompétents ignorants de la musique et comment malgré les obstacles insupportables (éditeurs, programmateurs, société de droit d'auteur, commanditaire, interprètes, etc.), elle tient bon pour le plaisir que lui apporte la création de sa musique. Malgré nos divergences stylistiques où elle se maintient dans le développement de l'expression traditionaliste de la musique classique contemporaine, nous rencontrons les mêmes problèmes comme ceux de faire entendre nos créations (et correctement jouées) et d'en vivre et nous défendons les mêmes idées à propos de la musique, comme le regret : de son automation, de la facilité ou de l'usage exclusif des stéréotypes, etc. Choisir le métier de compositeur est un acte de courage, car nous sommes méprisés de tous (je parle comme Michèle Reverdy, de celles et ceux honnêtes avec leurs créations et non pas de tous ces parasites « néo-machin » qui copient et produisent des fadeurs ennuyeuses par manque d'intelligence et d'imaginaire, mais qui s'emparent des places qui pourraient nous faire vivre décemment et nous donner des moyens de réaliser nos oeuvres tout en épanouissant la musique). La tolérance et l'appréciation des différences, toutes présentes : n'est pas à la mode.
Ce livre est un vrai plaidoyer sans le revendiquer, pour le métier de compositeur et dont l'enseignement en France laisse terriblement à désirer. Les places de classes de composition son plus confiées à des diplômés qu'aux compositeurs eux-mêmes. Sans mépris ni rancune, Michèle Reverdy décrit la situation de composer aujourd'hui : qui demande une foi sans tache dans sa musique pour braver tous les obstacles entachés d'humiliations. Alors que la musique en elle-même offre la possibilité du partage et de la sympathie par sa vibration, elle est reléguée dans une pratique médiocre et autoritaire où la valeur n'est plus dans la musique elle-même, mais dans le narcissisme de ses belligérants. Ce livre pourra faire comprendre aux néophytes dans quelle médiocratie culturelle règne la musique qui par une histoire mouvementée a été trahie même par ses compositeurs. Sans le savoir (?), certains ont généré et alimenté le désastre dans lequel nous nous débattons aujourd'hui
Gustave Le Bon : Psychologie des foules
(1895)Dans la tradition des ouvrages sur la psychologie de la persuasion, ce livre n'a pu ne pas aider à la formation des tyrans du XXe siècle : sa simplicité, son ton affirmatif et révélateur ne peuvent pas être plus convaincants. Est-il toujours d'actualité plus de 100 années après ? ses opinions se retrouvent aujourd'hui dans le mot « public » (pas foules et plus peuple ni fidèles) avec son « poids », ses « opinions » (haut lieu d'idées inculquées par les images), son « lien social », etc., bien récupéré par les économies capitalistes invasionnistes. Le cynisme que ce livre produit à sa lecture fait penser de l'auteur que son intention était plus de propager une idée que d'approfondir une recherche : celle de la foule agissant sans réflexion, autonome de l'individu. Une idée qui s'est propagée dans les têtes des futurs tyrans gouvernants et dont la suggestion semble avoir fonctionné : le XXe siècle gagne en totalitarismes et en absurdités destructrices de masse. En même temps, on ne peut donner tort à cet ouvrage, par le fait que notre civilisation n'évolue pas dans la raison, mais continue à faire souffrir son plus grand nombre d'individus dans l'injustice, inclus dans les foules. Il répond à Etienne de la Boetie à propos de la servitude volontaire incompréhensible, formulé en 1549 « Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d’hommes (...) supportent un tyran seul qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent ». Voici la réponse de Gustave Le Bon : « la foule a besoin d'être menée et maltraitée au prorata de son obéissance, mais par un meneur uniquement donnant l'impression d'être fort et puissant, sachant se donner en spectacle et donner l'illusion aux foules de se “sentir fortes et en puissance”, sinon il sera déchu ». Sa réponse est plus une opinion qu'une compréhension de l'espèce humaine et la collection de tyrans du XXe siècle défile devant nous. Emile Cioran, fait écho à cette démence humaine disant dans son Précis de Décomposition en 1949 : « une idée en elle-même est neutre; mais l'homme (de la foule ?) l'anime, y projette ses flammes et ses démences; impure, transformée en croyance, elle s'insère dans le temps (...) ainsi naissent les idéologies, les doctrines, et les farces sanglantes. » Toute la part raisonnable possible donnée par les philosophes à nos sociétés depuis l'Antiquité est balayée d'un jet par une foule démente et ingouvernable qu'elle soit composée de savants ou d'ignorants revient au même. La foule est une entité à part qui définit ses propres caractères, mais jamais ceux de la raison : une assemblée de savants donne le même résultat qu'une assemblée d'ignorants. Fabulations, courage, mythes, croyances, intolérance, violence, émotivité, apitoiement (je pense aux dons massifs pour les victimes du tsunami dans le Sud-Est asiatique en 2004), etc., sont une partie des motivations qui animent les foules; et personne ne semble y échapper d'après Gustave Le Bon en 1895.
Dans le livre 2, Gustave Le Bon révèle sa propre idéologie, son mépris pour le « petit peuple » qu'il confond avec les foules du livre 1. Il s'éloigne de son sujet en jugeant l'éducation scolaire comme néfaste pour les classes inférieures, car elles engendrent des anarchistes ennemis de la société (sic) que la majorité des criminels sont des intellectuels (sic), car refusés dans les hauts postes de la fonction publique (sic). Il préconise la formation professionnelle comme seule éducation possible (sic). Il reste évasif quant aux institutions, les déclarants inutiles, mais immuables ainsi que le rôle du temps, des traditions et des « races » (mot aujourd'hui tabou) sont traités à l'emporte-pièce avec des formules convaincues, mais évasives. Des foules éduquées pour Gustave Le Bon sont un paradoxe inacceptable qui détruirait son idée de la foule irraisonnable profondément inculte. Mais ce livre 2 prend plus la forme d'un manuel pour le contrôle des foules qu'un approfondissement de la recherche sur l'entité de la foule indépendante d'une somme d'individus du livre 1. Ce qui est frustrant pour un lecteur avide de comprendre s'il existe un comportement particulier et unique de la foule indépendant de la somme d'individus. Aujourd'hui, nous pouvons constater l'action de foules hétérogènes raisonnables qui se rassemblent sous des pétitions à caractère internationales contre des abus d'autorité de tyrans démasqués. Ou des « sit-in » de protestations sans violence ni agitation superflue de personnes indignées rassemblées en foule qui contredisent les théories de Gustave Le Bon.
Dans le ciel, le bruit de l'ombre
les Musiciens Qui Pensent : essai de rencontres et d'actions