système organisationel
de la musique occidentale
La musique expliqué sous l'angle de l'organisation sociopolotique
Voici une excellente explication de l’évolution de la musique au XXe siècle, du passage entre le système tonal, le dodécaphonisme jusqu’à l’organisation du bruit d’aujourd’hui (bruit = complexe sonore perçu comme incompréhensible). Voici une excellente explication pour comprendre que la musique utilise des systèmes qui s’apparentent à la politique et à la langue : la musique organise des différences dans le temps et tant que ces différences s’assemblent et se confrontent dans un système, il y a toujours des histoires possibles. Une musique est une histoire dans une langue. Et la multiplicité des langues existe pour ne pas se comprendre. La musique change ses régimes politiques quand la nécessité se présente. Et tous les régimes peuvent cohabiter, aussi sans jamais se rencontrer. Notons que la chanson et les musiques divertissantes d’aujourd’hui continuent à utiliser le système royaliste, celui tonal de la musique. La vision de l’écrivain de Milan Kundera :
Milan Kundera explique la musique; à ceux qui ne parlent pas : les enfants
« Voici ce que papa me racontait quand j’avais cinq ans. Chaque tonalité est une petite cour royale. Le pouvoir y est exercé par le roi (le premier degré) qui est flanqué de deux lieutenants (le cinquième et le quatrième degré). Ils ont à leurs ordres quatre autres dignitaires dont chacun entretient une relation spéciale avec le roi et ses lieutenants. En outre, la cour héberge cinq autres notes qu’on appelle chromatiques. Elles occupent certainement une place de premier plan dans d’autres tonalités, mais elles ne sont ici qu’en invitées. Parce que chacune des douze notes a une position, un titre, une fonction propre, l’œuvre que nous entendons est plus qu’une masse sonore elle développe devant nous une action. Parfois les événements sont terriblement embrouillés (par exemple comme chez Mahler ou plus encore chez Bartók ou Stravinsky), les princes de plusieurs cours interviennent et tout à coup on ne sait plus quelle note est au service de quelle cour et si elle n’est pas au service de plusieurs rois. Mais même alors, l’auditeur le plus naïf peut encore deviner à grands traits de quoi il retourne. Même la musique la plus compliquée est encore une langue. Cela, c’est ce que me disait papa et la suite est de moi. Un jour un grand homme a constaté qu’en mille ans le langage de la musique s’était épuisé et ne pouvait plus que rabâcher continuellement les mêmes messages. Par un décret révolutionnaire, il a aboli la hiérarchie des notes et les a rendues toutes égales. Il leur a imposé une discipline sévère pour éviter qu’au cime n’apparaisse plus souvent qu’une autre dans la partition et ne s’arroge ainsi les anciens privilèges féodaux. Les cours royales étaient abolies une fois pour toutes et remplacées par un empire unique fondé sur l’égalité appelée dodécaphonie. La sonorité de la musique était peut-être encore plus intéressante qu’avant mais l’homme, habitué depuis un millénaire à suivre les tonalités dans leurs intrigues de cours royales, entendait un son et ne le comprenait pas. L’empire de la dodécaphonie n’a d’ailleurs pas tardé à disparaître. Après Schönberg est venu Varèse, et il a aboli, non seulement la tonalité mais la note même (la note de la voix humaine et des instruments de musique) la remplaçant par une organisation raffinée de bruits qui est sans doute magnifique mais qui inaugure déjà l’histoire de quelque chose d’autre fondé sur d’autres principes et sur une autre langue. » [Milan Kundera, Le livre du rire et de l’oubli]
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