pour en finir définitivement avec le public

 

car la notion de public provoque la mort de l'art

 

La notion de public n'est pas un paramètre que retient la musique. L'artiste n'a pas besoin de public. Il crée son oeuvre et la montre à ceux qui veulent bien la voir : pas à ceux qui ne sont pas concernés. Logique. La notion de « poids public » d'un artiste est une transformation de l'artiste en potentiel profitable. C'est-à-dire que le marketing et la politique exploitent le talent artistique en le détournant de sa destination originelle à des fins de profits commerciaux pour les uns et de profits électoraux pour les autres (il y a toujours un gros pécule à « prendre » quelque part qui nuit à l'art). L'artiste n'a pas à se poser la question du public (de sa reconnaissance publique), car cette question le détourne de son travail originel : celui de se concentrer sur l'élaboration de son oeuvre. Ceux qui exigent de l'artiste des critères commerciaux ou électoraux à travers une reconnaissance publique se foutent de l'artiste et de son oeuvre. Pour ne pas perdre le sens de son travail, l'artiste doit refuser catégoriquement de rentrer dans ce jeu de tartuffes. Le succès d'un artiste et le succès de son oeuvre sont deux choses bien distinctes. Le succès public est une fabrication d'agitation populaire factice. La figure concernée est : le pantin : d'un groupe multinational qui travaille à la vente de son image. Le succès public utilise intensivement la propagande pour arriver à ses fins. Propagande masquée sous la forme de publicités « in » et « branchée », et d'intérêts (achetés) des médias du personnage, mais par ordre (oui je dis bien un ordre, une personne qui ordonne) de focalisation médiatique sur le pantin en question : articles, émissions, de blablas et ragots que les idiots achètent en masse. Aujourd'hui chacun confond pantin et artiste par l'intermédiaire de la propagande publicitaire mainte fois répétée [1] : le pantin est entrainé à bien jouer, à bien chanter, à bien danser et être photogénique (qui ne s'apprend pas), mais qui est le paramètre le plus important du pantin : l'attitude du pantin quand il est de sorti doit générer de l'agitation voir de l'hystérie publique : la figure compte plus pour le profit que le talent : le talent est trop incontrôlable pour devenir une figure populaire : une star (une vedette) est étroitement contrôlée (vu les investissements où chacun veut récupérer sa mise doublée au moins). Le vedettariat concerne surtout la jeunesse : elle a besoin d'idoles à idolâtrer des modèles des idéaux à suivre. Les plus vieux sont censés être moins naïfs et évitent les tromperies de l'agitation. Pour créer un engouement, il faut donc créer une « nouvelle mode », une mode est une autre attitude destinée à la jeunesse de la nouvelle génération qui doit la représenter. La nouvelle jeunesse veut se distinguer de la précédente. La demande existe. L'agitation obligée d'une nouvelle jeunesse regardera l'ancienne génération comme des « vieux cons fatigués » qui ne comprennent rien « à la jeunesse d'aujourd'hui ». En effet les vieux fatiguent et sont moins demandeurs de nouveautés, de nouvelle mode : ils ont eu la leur qu'ils ressasseront comme le « bon vieux temps ». Les profiteurs n'ont qu'à graisser la machine et le tour est joué : « la jeunesse débile me rapporte trop de fric ». Il suffit de se servir. Ou l'exploitation de la connerie en masse. Contrairement au succès factice d'une figure. Le succès d'une oeuvre met du temps à poindre, un artiste de talent est toujours dans le stéréotype « en avance sur son temps », en fait il élargit le champ émotionnel de compréhension du monde et du possible de l'humain. Pour les novices, il faut un certain temps pour comprendre et apprécier l'oeuvre exceptionnelle. Des a priori doivent être rompus et cela demande un certain temps. Même si intuitivement le novice détecte quelque chose d'indiciblement puissant dans l'oeuvre, dans un premier temps il ne la considérera pas comme oeuvre : il se sentira seul face à elle. Même effrayé. Trop peu de monde est capable de reconnaître l'oeuvre exceptionnelle (même pas son artiste) et il faut du temps pour se mettre d'accord ensemble et de constater l'oeuvre exceptionnelle. Et l'absence aujourd'hui de critiques d'art ne facilite pas l'affaire. Sans le critique de talent, le public est incapable par lui-même de détecter quoi que ce soit [2]. C'est pour cela que tout artiste de talent n'est reconnu pour son travail que bien des années après sa mort.

 

Donc : artiste, ne te laisse pas avoir et ne te soumet pas à la dictature du public [3]. Ce n'est pas ton affaire. Le public est l'affaire des politiques et des business obtus : des escrocs qui manipulent le monde (des idiots) à leurs profits. Détourne-toi de ces manifestations publicitaires si tu respectes vraiment ton travail à élaborer des oeuvres. Trouve-toi un environnement propice (sans idiots) à la réalisation de tes oeuvres et oublie ces histoires de public qui ne te concerne pas, car tu n'es pas un idiot.

 

D'après Laurent Goldring, la notion de public repose sur le « two-sided markets » les marchés à double clientèle : celui du (é)lecteur-spectateur-auditeur et celui de l'annonceur. « Le public n'est pas l'ensemble des gens à qui on va vendre des informations (...) le public est ce qui doit être vendu. Pour les marchés à double clientèle, le public est une notion qui n'est valable que pour la seconde clientèle (l'annonceur). Des lecteurs, des spectateurs, même nombreux, ne sont pas rentables en eux-mêmes, quand ils sont trop singuliers, trop différents, et ne font pas masse. (...) Ils sont impossibles à cibler (à gouverner), trop hétérogènes pour qu'on les constitue en public. (...) Un public n'est pas défini par ce qu'il achète, mais par ceux qui l'achètent. Un spectacle dans cette optique n'est pas destiné à des spectateurs (trop d'artistes croient encore le contraire), il n'est financé que pour produire une masse publique homogène au prorata du financement par l'autre clientèle (les annonceurs) » : c'est-à-dire les entreprises et les Etats en manque d'électeurs et de clients : là où réside les dominations fortunées au pouvoir qui veulent se voir glorifiées par une masse servile, et non critiquées par des individus ingouvernables [4]. « La phrase d'un programmateur, d'un éditeur ou d'un rédacteur : « ce n'est pas pour mon public », ne signifie pas : ça ne plaira pas (à la première clientèle). « Ce n'est pas pour mon public » signifie : ça ne me permet pas de produire un public compétitif sur le marché du second tarif. » : qui veut dire : « cela ne plait pas à nos investisseurs ». Laurent Goldring continu disant : « Les artistes ne sont plus censés produire des affects, mais sont censés produire du public. (...) Ce que les politiques appellent “lien social”. » Le goût du public manipulé est soumis au goût des financeurs qui se servent des artistes comme relais de leur propagande en endettant le spectacle pour que l'annonceur soit acheté par le plus grand nombre qui paye pour sa servilité : sa fidélité obéissante en s'endettant. Le public est homogénéisé et vendu pour que le système d'exploitation ne change pas : le produit consommé importe moins que l'enrichissement de l'annonceur. Pour faire adhérer une masse homogène de public à une attitude : les arts subventionnés ne sont qu'un prétexte à maintenir la soumission du peuple-public aux idéologies volontaires de dominations politiques et commerciales pour une obéissance sociale absolue involontaire.

Tous « ministère de la culture », « fondations pour les arts », etc., ne sont que les agences de publicité (de propagande) masquées des gouvernants dominants (domination acceptée et soutenue par la clientèle électorale qui se laisse manipuler). Le profil artistique retenant les subventions privées ou publiques, n'est que publicitaire : dans le sens où une image d'artiste agit pour produire un public plus vaste c'est-à-dire des clients-électeurs heureux qui montrent tous ensemble leur servilité au spectacle vendu au commanditaire (subventionneur-annonceur). L'artiste pour voir son ouvrage financé, « travaille d'abord à se fabriquer ce public, puisque c'est (son) ce public qu'il va vendre » vendre ses esclaves et non son oeuvre : au « ministère de la culture » et autres « fondations pour les arts » qui sont les lieux privilégiés de surplus d'argent ininvestissable des entreprises dominantes. Les arts sont le terrain prestigieux de l'argent blanchi : tout comme les associations caritatives, la bonne cause du mea culpa des salauds. Dans un dossier d'artiste de demande de subvention, ne compte que la notoriété de l'artiste et le budget qui doit être proportionnel à cette notoriété (selon des quotas non divulgués), ce qui est administrativement nommé : « le poids public de l'artiste ». Ces entreprises publiques et privées n'ont jamais financé la qualité du travail artistique qui leur importe moins que l'effet souhaité d'un public acquis.

En quoi est-ce vraiment nécessaire de se fabriquer volontairement un public pour un artiste ? Etre témoin de sa gloire usurpée ? Vouloir en tant qu'artiste se fabriquer un public même fidélisé c'est faire le métier des publicitaires (communication), mais gratuitement, et servir de passage à ce que ce public soit le client fidèle de l'annonceur et non de l'artiste qui reste un prétexte à l'annonce publicitaire. Vouloir en tant qu'artiste se fabriquer un public c'est démontrer son manque de talent par le manque de temps à s'occuper de son art : des pseudo-artistes qui produisent des oeuvres publicitaires pour produire plus de public. Vouloir en tant qu'artiste se fabriquer un public c'est jouer le jeu de l'annonceur et trahir sa création, car l'artiste doit servir son commanditaire en échange de la subvention reçue en amenant de la clientèle supplémentaire. L'artiste authentique n'a cure et ni le temps d'aller à la pêche au public, ce n'est pas son métier et ne s'enchaîne pas à des “agences de com” (com pour propagande et commerce) qui lui imposeront son attitude, son style, etc., afin d'être vendu. Grâce à ces pseudo-artistes, on ne s'étonnera pas de l'irrespect proféré envers les métiers d'artistes : il n'y a pas pire que les pseudo-artistes, trop aisément manipulables dans leurs égocentrismes.

 

Le public-peuple : la masse (homogène) manipulée : le lien social (le nombre de clients achetés) : l'achat d'attentions permanentes et majoritaires à durée illimitées (l'endoctrinement) : l'annihilation des individualités inachetables : une dictature sous couvert démocratique pour le règne de la médiocratie ? C'est bien cela que nous vivons.

 

Le publc est un objet destinée à la glorification du pouvoir. Le pouvoir est : celui ou celle qui décide pour les autres et dont les autres se soumettent volontairement. C'est en cela que le public n'a rien à voir avec les arts. Il est manipulé par les médias pour glorifier sa servitude : il n'y a que les idiots qui cherchent a être glorifiés dont le système libéral se sert pour s'enrichir [5].

...

 

Notes
[1] encore une fois je vais citer Adolphe Huxley : « 64 000 répétitions font la vérité »
[2] Il lui faut un rapportage. Ça occupe ceux qui s'ennuient : ceux qui ne savent pas se diriger eux-mêmes ou qui n'ont pas de passion ni d'intérêt dans leur vie et donc une imagination mort-née.
[3] je dis bien : la dictature du public abruti manipulé par quelques ordonnateurs.
[4] c'est ici que nous comprenons pourquoi le sport (plus que les arts) est investi de sommes colossales : le spectacle du sport provoque une homogénéisation en masse du public : il suffit de constater l'effet collectif après le marquage d'un but (ceci grâce aux marques « untel, amis » en compétition qui investissent financièrement l'équipe) et la taille des stades. La pratique compétitive du sport spectacle est à l'image de la pratique libérale du capitalisme qui maintien une masse publique homogène soumise à acheter sa servitude, et dont les Jeux Olympiques représentent le summum de la corruption mondialisée (ils rassemblent tous les sports rentables). Les arts qui rentrent dans ce jeu monopolitique doivent corrompre leurs idéaux de liberté de création pour servir le marché public de la soumission en vendant de l'endettement (de l'attachement économique) au public trompé. Les arts « visibles » d'aujourd'hui sont ceux qui ont vendu leur liberté*.
[5] Je revois les affiches pour la culture de la mairie socialiste de Toulouse en 2008 où l'on constatait des foules acclamant. La responsable de la culture ne semblait pas comprendre le sens de ces affiches, ce qui porte à comprendre que la propagande des despotes s’est intégrée dans le quotidien jusqu'à ne plus être détectée par ses producteurs mêmes. Voir les lettres à sens unique avec cette mairie.

* le cinéma est contrôlé par les producteurs et non pas par les réalisateurs qui obéissent à la production. Le cinéma pour les masses (mass movie) draine des fortunes colossales en marchandant de la bêtise de mieux en mieux filmée (« qui fait encore plus vrai » (sic) malgré l'appauvrissement des masses qui payent toujours pour s'abreuver d'espoir idiot dans le rêve d'une projection impossible dans sa réalité d'esclave. Tout comme pour le sport-spectacle ce sont les annonceurs qui conduisent le film pour drainer le public en masse dans l'obéissance. Les artistes se raréfient dans le cinéma ou ne sont plus visibles ou deviennent corrompus. Comment reconnait-on ces pseudo-artistes lâches et corrompus ? Ils se comportent en servile et accepte la domination médiocre dans leurs créations artistiques, ses médias sont affublés des marques des annonceurs et va même publiquement jusqu'à les remercier : pour dire : « sans eux on n'existerait pas » (sic). Le système libéral du capital a réussi à rendre les artistes reconnus volontairement serviles.

 

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