Accorder son instrument
sur d'autres gammes
La situation difficilement résolvable d'accorder les instruments occidentaux de musiques sur d'autres échelles que celle de 12 tons équidistants dans une octave, parait insurmontable. Après presque 100 ans de tentatives, cette pratique n'est pas rentrée dans les moeurs. Les facteurs d'instruments ne veulent rien savoir. Le conservatoire de musique « classique » continue à enseigner la musique tonale de 12 tons. La musique populaire aussi. Toujours en 2010. Il semble que cela est dû plus à une résistance des esprits qu'à un manque de moyen. Une résistance à la reconnaissance de multiples inconnus. L'exemple de Harry Partch (1901-1976) ou de Julián Carrillo (1875-1965) de construire leurs propres instruments de musique dans les années 30 a été suivit par certains (dont moi-même), mais ces instruments uniques doivent être déménagés, réparés parfois même reconstruit pour être entendus et pose des problèmes de conservation, d'exactitude, même d'apprentissage jusqu'à de déchiffrage [1]. Mais les tentatives ne manquent pas : un très grand nombre de personnes se passionnent pour accorder les instruments de musique sur d'autres gammes. Un luthier aux Etats-Unis propose même des manches de guitare électrique frettés sur différentes gammes à visser sur le corps « solid body » de l'instrument. Depuis le début, la « norme » MIDI permet l'usage d'autres « gammes » que celle dominante de 12 tons divisant l'octave. Mais très peu de synthétiseurs MIDI en donnaient l'accès [2]. Pour y accéder, il fallait aller programmer dans le processus interne de la machine, mais peu de compositeurs avaient les capacités de programmeur informatique. Puis sont apparu les premiers programmes informatiques, le premier pour ordinateur Apple, qui permettait à la fois de calculer la gamme et de l'envoyer à un synthétiseur MIDI. Le dernier en date pour ordinateur PC, Scala [3] de Manuel Op de Coul, fait la même chose, mais avec un nombre d'outils beaucoup plus grand et une collection impressionnante de gammes existantes (géographiques et historiques) et inventées. Aujourd'hui générer et jouer des gammes inouïes est devenu choses presque courantes avec l'aide de l'informatique, mais les « oreilles » ne semblent toujours pas s'entendre à vouloir entendre autre chose que les stéréotypes de la gamme tempérée de 12 tons [4].
Historique sommaire
Qui a commencé ?
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Procédure de normalisation : domination de l'échelle tempérée de 12 tons
Explication
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Diverses propositions avant la normalisation du tempérament 12
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Les pionniers de la désobéissance à l'hégémonie du tempérament 12
... Julian Carrillo (1875-1965), Ivan Wyschnegradsky (1893-1979), Alois Haba (1893-1973), Harry Partch (1901-1976),
Notes
[1] « L'interprétation de la musique d'Harry Partch pose un problème, car elle ne peut être exécutée que sur ses instruments, qui ont heureusement été préservés à la Montclair State University (Upper Montclair, New Jersey) et dont quelques répliques ont été réalisées. » Alain Féron.
[2] Les synthétiseurs ou samplers MIDI qui ont (built-in) un tableau d'accordage interne (tuning table) peuvent être accordés par des programmes externes. Ceux qui reconnaissent le sysex (system exclusive) à la volée (bulk tuning dump) peuvent changer l'accordage de l'instrument pendant le déroulement du morceau. Très peu aujourd'hui de synthétiseurs ou samplers peuvent recevoir des messages de changement d'échelles en temps réel. Le premier : le DX7 (1983) suivit des DX7II, TX81Z, TX802, SY77, TG77, SY99, VL-1, VL-7 Yamaha ainsi que les Proteus E-mu (1990) et les Ensoniq EPS, EPS16, ASR10 (1987). Les autres jusqu'à aujourd'hui sont réduits aux 12 tons ou doivent importer un fichier au format .txt ou autre. N'est-ce pas une régression ?
[3] Scala est un freeware pour toutes plateformes, téléchargeable à http://www.huygens-fokker.org/scala
[4] Voici un exemple : la 1re Gymnopédie d'Erik Satie interprétée au Piano préparé de John Cage et dont les rapports de fréquence ont été modifiés par un modulateur fréquentiel (Canam Leather Mod 1.0 DX). Quelque chose est reconnaissable et quelque chose ne l'est pas. Le rythme et les proportions formelles sont identiques, mais les repères de hauteurs et le timbre sont différents, ce qui empêche de percevoir la musique avec notre « mémoire affective éduquée » celle qui donne la possibilité de reconnaitre ses émotions. La reconnaissance qui attache une émotion à un état devenu repère. Avec les nouvelles musiques, il faut rééduquer sa mémoire affective avec sa présence dans notre environnement quotidien : ce qui n'est pas le cas, d'où l'inaudibilité de ses musiques dues à la surdité psychologique des auditeurs. Voici un second exemple avec la variation 25 Goldberg de Johan Sebastian Bach où l'émotion ressentie ne peut-être similaire à l'original tempéré dû à la perturbation des stéréotypes : des rapports de hauteurs connus et du timbre du piano.
Bibliographie
. Scott R. Wilkinson : Tuning In Electronic Music (Hal Leonard Book, 1988)
. Jean-Etienne Marie : L'Homme Musical (Librairie Arthaud, 1976)
. Harry Partch : Genesis of a Music : an Account of a Creative Work, its Roots and its Fulfillments (The University of Wisconsin Press, Madison, 1949) ; (2e éd. révisée et augmentée, Da Capo Press, 1974)
. Julian Carrillo, Sonido 13, fundamento científico e histórico, Ed. J. Carrillo, México (1948)
. Julian Carrillo, Teoría lógica de la música, 2a. edición, Ed. J. Carrillo, México (1954)
. Alois Haba : Bases harmoniques du système par quarts de ton (Harmonické základy čttvrtónové soustavy, 1922)
. Alois Haba : Neue Harmonielehre des diatonischen, chromatischen, Viertel-, Drittel-, Sechstel- u. Zwölftel- Tonsystems [ « Nouveau traité d'harmonie utilisant les systèmes tonals diatoniques, chromatiques, en quarts, tiers, sixièmes et douzièmes de tons »] (Kistner und Söhne, Leipzig, 1927)
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