le constituant essentiel d’une communauté
les constituants formels de la musique
où l'habitude constitue
une réalité rassurante
Def.s admises : croire.
fidèle |<|-> foi |<|-> confiance |<|-> croyance. croire = tenir pour vrai ou véritable, tenir pour réel, vraisemblable ou possible (Robert). Être persuadé qu'une chose est vraie, est réelle (Littré). confiance (= avec foi) = espérance ferme. foi = croire qqn, avoir confiance en qqch, assurance donnée d'être fidèle à sa parole, d'accomplir exactement ce que l'on a promis, fidèle à la foi juré fidèle = qui ne manque pas à la foi donnée (à qqn), aux engagements pris (envers qqn), dont les affections, les sentiments (envers qqn) ne changent pas
Les croyances sont un ensemble de faits involontaires considérés comme nécessaires au maintien et à la consolidation d’une communauté. Croire est nécessaire pour appartenir à une communauté en plus de sa langue, son jargon ou son dialecte. Il faut approuver et accepter ses croyances (ses codes de conventions) pour y être membre et faire parti intégrante de son ensemble. Cela n’a rien à voir avec la recherche de compréhension du réel [1]. Chaque communauté se crée sa propre réalité dont certaines peuvent se partager avec d’autres. Nous naissons tous dans une communauté et donc dans ses croyances. Ces croyances constituent notre sens même de vivre. Croire est une attitude de prévoyance, une protection de soi par les autres, une assurance de sécurité. Dès notre plus jeune âge on nous inculque, on nous éduque à ces croyances pour être inséré dans la communauté. Celui qui doute est seul. A moins qu'il rejoigne la communauté de ceux qui pratiquent l'art de ne croire en rien, mais ils sont trop peu nombreux et trop éparpillés et sans connections communicantes. Pour un croyant il n’y a que les fous qui ne peuvent pas croire pour rester seul avec soi-même. Le croyant croit pour ne pas être seul. Une croyance se constitue déjà à deux, celui qui est convaincu/persuadé et l'autre qui approuve/acquiesce (l'autre peut être aussi soi qui fait un isolé). Le croyant a adapté et convaincu son esprit pour être accepté dans sa communauté. Avoir la même langue et les mêmes idées facilite la communication entre croyants d'une même communauté. La croyance n'est qu'un constituant social. Tous les sceptiques du monde ne parlent pas la même langue et ne doutent pas sur les mêmes croyances. Il y a autant de croyances qu'il y a de communautés (cercles, nations, religions, classes, associations, cultures, écoles, espèces, races, partis, villages, clans, groupes, ensembles, clubs, tendances, bandes, modes, etc.) et ces croyances sont nécessaires au maintien de celles-ci. Chacun de ses membres adhère par intérêt ou conviction ou passivement par soumission indécise. Les résistants c’est-à-dire : les égarés (les fous), les hérétiques (les intellectuels), les vagabonds (les nomades), sont condamnés comme un exemple à ne pas suivre. Dans une communauté où sa croyance est mise en doute et afin de la sauvegarder puis la renforcer, des boucs émissaires sont désignés, jugés puis suppliciés : comme ceux qui font le mal (en fait ceux qui doutent). La faiblesse d'une croyance communautaire se mesure par son degré de violence de répression sur ses croyants. Généralement les communautés totalitaires provoquent une faible croyance de ses membres : leurs temps d'existences sont généralement courts. Les groupes religieux sont une exception à cette règle. Toutes ces communautés désignent des gouvernants qui représentent l'autorité de leurs croyances. Un garant des dogmes doctrinaires. L'autorité est un artifice nécessaire au croyant, une référence extérieure impossible à mettre en doute, la souveraineté même. La présentation de sa légitimité est le droit que le croyant lui accorde à s’exercer. L'autorité rassure d'un même sens et d'un même ouvrage pour tous. L'autorité est à la fois le révélateur de sa faiblesse et le soutien indispensable pour qu’il ne chancelle pas dans « un lieu d’égarement, de non-sens » [2]. Si tu ne crois pas, ça ne se réalise pas. Rien à constater. Il ne se passera rien. Si tu crois guérir, tu guériras. Si tu crois aux ovnis, tu verras des ovnis. Si tu crois en Dieu, tu verras Dieu. etc. La force de persuasion est au prorata du « degré d'acceptance » de croire du croyant et de sa fidélité à être persuadé dans la durée. Son désir de voir ce que les autres de la même communauté voient est fondamental. Ne plus croire est pour le croyant ne plus rien percevoir. L'anéantissement du sens de sa vie, de sa réalité [3]. Le maintien et la reconstitution de la croyance se pratiquent aussi avec le « sens commun », la croyance à la « spontanéité du bon jugement pratique », une norme intuitive de confiance qui rassemble tous les croyants dans la certitude de leur morale (action soumise au même devoir) : notre sens moral que créent les croyances. Ouf, le bateau est sauvé : il est sauvé en permanence car les croyances se maintiennent dans l’effort. Mais il serait temps d’admettre que : plus la connaissance de ses membres serait élevée, plus le bateau serait moins menacé d'un naufrage. Le refus de savoir est l'aubaine de la croyance. Le renforcement des liens dans la bêtise. La durée est le troisième facteur de consolidation de la croyance, plus sa durée est longue plus sa véracité se renforce dans l’esprit du croyant. La tradition est la transmission de ces croyances qui se « monumentent » dans la durée, un héritage respecté mais inutile dans un changement contextuel où les données ont changé.
Nous sommes tous des croyants nous sommes tous des idiots. Croire est une répression de et sur l'esprit. L'intelligence ne peut pas croître de pair avec la crédulité. Il est difficile de pouvoir croire avant de comprendre. Comprendre développe des processus constamment instables (et ne forme pas des fidèles à l'instabilité ?). Est-il possible de croire ce que l'on a compris ? est incompatible. La croyance est une pratique indirecte qui n'a pas de contact (direct) avec son sujet. La croyance n'existe que par le rapportage et la représentation. Elle ne peut se pratiquer directement avec le sujet de sa croyance. Le sujet tel quel ne correspondra pas à la représentation de la chose crue. La connaissance ne se réduit pas à une « croyance vraie et justifiée par de bonnes raisons » [4]. Les bonnes raisons sont toujours le résultat d'un intérêt à assouvir. On ne gagne rien à comprendre que la satisfaction d'en savoir un peu plus ou pas. En savoir un peu plus qui demeure une raison. Pour certains une raison de contrôle et de manipulation des autres possibles suivant son contenu. Certaines connaissances augmentent la capacité de pouvoir. Nos sociétés refusent de distribuer la connaissance à tous. Croire fait communiquer, rapporter : les médias sont les colporteurs des croyances (les informations). La connaissance pour les croyants est associée à un mal qui fait souffrir : une tentation diabolique chez les judéo-chrétiens : « il faut protéger les fidèles de la connaissance ». La croyance a besoin de ses fidèles. La croyance ne se fonde pas sur un jugement de valeur, mais sur une nécessité, elle n'a aucun intérêt à la véracité telle quelle qui réduirait son sens à néant. Il lui suffit de considérer sa projection comme vraie. Une « croyance vraie » est vérifiée dans le contexte communautaire et s'anéantit hors de ce contexte. Dans l'absolu une croyance ne peut être vraie puisqu'elle est crue, le vrai est tenu, considéré et jugé pour vrai dans ce qu’il a de faux. Si tu crois c’est que tu ne comprends pas. [5]
L'utopie (un possible impossiblement faisable) est-elle la conséquence de la croyance ? Si « croire que cela est possible » est affirmé comme une réalité sans démonstration possible d’une réalisation avant sa réalisation, une preuve du possible de l’impossible : la croyance se fond dans l’espoir et la confiance du projet réalisé. La projection d’un espoir est-elle une croyance ? Si l’espoir est suggéré par une croyance à l’impossible normé.
croyance, perception et communication
La croyance joue son rôle dans la perception, au stade de la projection de reconnaître l'identité du perçu. S’il y a une mise en doute du perçu, la croyance est perdue et l'identité non identifiée. La mémoire garde ce que la croyance rappelle de ce qui est cru. Croyance va de pair avec l'identification du perçu. Pour identifier il faut croire. Peut importe de ce qui est cru, mais ce qui est cru doit être conforme à ce que la communauté croit : cela pour pouvoir communiquer. Les notions de vérité et d'erreur importent peu dans la croyance. Puisque croire sert plus à communiquer qu'à une quête solitaire du sens de la vie. Que l'information soit vraie ou fausse importe moins que de pouvoir l'échanger. La croyance vie et règne dans la similarité, similarité qu'elle cultive dans la différenciation : les différences similaires. Des différences trop accentuées empêchent la communication. On ne rassemble des différences que dans la croyance. La croyance à une idée qui est le ciment cru de la communauté.
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Notes
[1] En développant ce qu’analyse Jean-Pierre Cléro (« Qu'est-ce que l'autorité » Vrin 2007) dans ce que « Descartes suggère [sans doute finement, derrière le masque théologique] à la fin de ses Principes de Philosophie », l’humain code et décode les phénomènes et ces (et ses) phénomènes sont le miroir de la croyance de la représentation de son narcissisme qui est le propre de sa réflexion. C’est une proposition saine pour déjouer la croyance. Et elle a une forte tendance à être pratiquée par les scientifiques. C’est une approche qui permet de développer une analyse non anthropocentrique : ce qui est « en dehors de nous ». Sans cette analyse de l’ « en-dehors de nous », nous ne pourrions faire évoluer nos connaissances. Au lieu de ça, nous tournerions en rond dans nos croyances. Mais la conviction non anthropocentrique n’est-elle pas une croyance ? La croyance non anthropocentrique fait usage du moteur de la connaissance, elle est nécessaire pour déjouer la croyance anthropocentrique : c’est le paradoxe du penseur. Le cauchemar du penseur : nous ne pouvons penser qu’en croyant. Pouvons-nous penser sans croire à ce que nous pensons ?
[2] Georges Bataille, l'Expérience Intérieure, Gallimard 1943 1954
[3] le même processus s'opère dans les communautés scientifiques et intellectuelles où la croyance n'épargne pas l'intelligence : beaucoup de convaincus défendent leurs idées pour diverses raisons dont celle de se faire remarquer par egoration.
[4] Platon, Théétète, 201c. cité par Roger Pouivet dans « Qu'est-ce croire ? » Vrin 2006
[5] Une belle recommandation d'Edgar Morin : « Il ne faut pas être comme ces croyants qui trouvent ce qu'ils cherchent parce qu'ils ont projeté la réponse qu'ils attendaient » tirée de la page webart clones.html du centrebombe.
Lectures
« L'Art de ne croire en rien » textes du XVIe au XVIIIe siècle rassemblés et préfacés par Raoul Vaneigem (2002, Payot & Rivages)
Paul-Henri Thiry D'Holbach « Le bon sens » puisé dans la Nature. 1772 (2008, Coda)
Etienne de la Boetie « Discours de la Servitude Volontaire » 1549 (2003, édition électronique par Yann Forget)
d'autres éditions électroniques sans doute plus complètes existent.